Commercialisation des services de garde

Il n’y a pas de place pour les profits dans un système public de services de garde. C’est pour cette raison que l’Association canadienne pour la promotion des services de garde à l’enfance insiste pour que les fonds publics additionnels consentis aux services de garde servent uniquement à développer un réseau public et sans but lucratif de services de garde

Pour télécharger le pdf, cliquez ici.

Inquiétudes grandissantes

En 2005, les groupes de défense des services de garde remarquaient une tendance croissante à l’échelle internationale vers la commercialisation des services de garde et l’utilisation de fonds publics pour favoriser l’essor des chaînes de garderies commerciales. Nous avons invité Lynne Wannan, une spécialiste australienne des services de garde communautaires, à venir au pays rencontrer les Canadiennes et les Canadiens et leur parler de l’expérience vécu dans son pays avec les grandes chaînes de garderies commerciales.

La croissance des services de garde commerciaux en Australie nous préoccupaient et nous avons redoublé nos efforts pour bâtir un système de services de garde sans but lucratif. Nous avons collaboré avec nos partenaires dans le but d’obtenir un avis juridique sur les graves conséquences de laisser entrer au Canada des multinationales de services garde. Nous avons analysé la recherche comparant sur les services de garde sans but lucratif et les garderies commerciales et ces études démontrent de façon convaincante que les services de garde sans but lucratif répondent mieux aux besoins des enfants, des femmes et des familles que les garderies commerciales. En nous appuyant sur ces recherches et sur notre travail dans les collectivités, nous avons continué d’insister auprès des gouvernements et dans toutes nos recommandations pour que l’expansion et le développement futur des services de garde soient limités au seul secteur sans but lucratif.

Des chaînes de garderies commerciales s’établissent au Canada

BusyBeaversSign Toutefois, à l’automne 2007, il était clair que des multinationales de services de garde avaient fait leur entrée au Canada sous la bannière de 123 Global, antérieurement ABC Acquisitions. 123 Global se décrit comme le « moteur de croissance » du géant australien de garderies commerciales, ABC Development Learning Centres Pty Ltd. (ABC Learning). Son client principal au Canada est 123 Busy Beavers Learning Centres.

Le gouvernement fédéral et beaucoup de gouvernements provinciaux et territoriaux au Canada, par leur inaction, ont favorisé leur entrée au Canada. En fait, quatre provinces, soit la Colombie-Britannique, l’Alberta, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, accordent maintenant des subventions d’immobilisation aux entrepreneurs commerciaux.

Au Canada, dans diverses collectivités, on réagit avec beaucoup d’inquiétude à la commercialisation des services de garde. Par exemple, les militantes et militants de la province à l’extrême ouest du pays affirment sans ambages que les garderies de la Colombie-Britannique NE SONT PAS À VENDRE. La Ontario Coalition for Better Child Care n’y va pas par quatre chemins non plus en lançant le message : Il est temps de se doter de garderies publiques. Les groupes de défense des services de garde de l’Ontario ont réclamé du gouvernement qu’il cesse de délivrer des permis aux garderies commerciales de manière à empêcher la société 123 Busy Beavers de s’établir dans la province. En septembre 2008, seule l’Alberta comptait des garderies enregistrées officiellement sous la bannière 123 Busy Beavers.

DebBrennanPlus tôt au printemps, la coalition Code bleu, d’autres organismes de justice sociale et des universités ont parrainé une tournée de conférences prononcées par une autre experte australienne, la professeure Deborah Brennan. Madame Brennan a décrit les circonstances qui ont mené à la commercialisation des services de garde en Australie, des circonstances qui, aujourd’hui, paraissent dangereusement similaires aux nôtres. En transférant plus d’argent directement aux parents sous forme d’allocations et en stimulant le secteur privé, le gouvernement australien a promis aux parents qu’ils auraient plus de choix en matière de services de garde, qu’ils paieraient les services moins cher et que leur qualité serait améliorée, et de surcroît, tout cela à un coût moindre pour l’État. Au contraire, les dépenses publiques et les contributions parentales ont augmenté en flèche. Et on remarque que des pressions sont exercées pour assouplir la règlementation en matière de qualité et que les choix offerts aux parents sont encore limités.

Questions soulevées

Des questions sur les activités et les relations d’affaires d’ABC Learning, la plus importante entreprise de garderies commerciales de l’Australie, et de son PDG Eddy Groves sont fréquemment soulevées dans les médias. En août 2008, la Australian Broadcasting Corporation a présenté un reportage télévisé sur les frasques d’Eddy Groves et les conséquences pour les actionnaires d’ABC Learning.

Deborah Brennan était interviewée dans ce reportage qui présentait aussi les groupes de défense des services de garde du Canada. Le reportage soulignait que :

Avant que les nouveaux vérificateurs percent la bulle en pleine expansion de monsieur Groves, le forçant ainsi à vendre ses actifs, la société ABC avalait goulument des garderies du Royaume-Uni jusqu’en Amérique. L’an dernier, les entreprises de Monsieur Jones sous la bannière de 123 Global ont commencé à reluquer des garderies au Canada, provoquant une vague de protestations dans ce pays. ABC Learning a nié toute implication, mais les Canadiens ne l’ont pas cru.

Ils ont donc invité la professeure Deborah Brennan au Canada pour parler d’ABC Learning et de l’expérience australienne. « J’ai rencontré des groupes de défense des services de garde au Canada très déterminés à s’assurer que les fonds publics servent aux enfants et à leur mieux-être et non pas à accroître les profits des entreprises et les dividendes de leurs actionnaires », a-t-elle dit.

« Les Canadiennes et les Canadiens me demandaient durant ma tournée : comment se fait-il que vous avez mis en place un système grâce auquel un individu peut devenir l’homme le plus riche de l’Australie avant quarante ans, mais qu’en même temps les normes de qualité de ce système sont médiocres et que 40 p. cent des personnes qui y travaillent n’ont pas de qualifications? ».

La professeure Brennan a aussi déclaré « que l’aventure ABC Learning pourrait bien être le plus spectaculaire désastre en matière de politique publique des dernières années ».

Derrière l’image

En dépit du ton chaleureux et mielleux de leur matériel promotionnel, les garderies commerciales fonctionnent sur un modèle d’affaires qui priorise les profits et exige des dividendes. Derrière l’image, c’est une question de gros sous et de « petits derrières assis dans des chaises hautes ».

L’histoire d’ABC Learning illustre bien la contradiction. On peut lire dans le site web d’ABC Learning :

« Depuis plus de dix-huit ans, les garderies ABC Learning ont permis à toutes les familles d’avoir accès à des services éducatifs et de garde à l’enfance de grande qualité. Notre amour pour tous les enfants est ce qui motive notre engagement indéfectible à leur procurer le meilleur départ possible dans la vie ».(Téléchargé le 11 septembre 2008 depuis le site web www.childcare.com.au/).

Or,  un article paru le 6 septembre 2008 dans le Sydney Morning Herald intitulé La fin du conte de fée décrit ainsi ABC Learning :

L’histoire d’ABC, dont le succès s’explique bien simplement par les grasses subventions reçues du gouvernement fédéral et les frais de garde exigés aux parents, a éclaté au grand jour. Voici comment ABC s’y est pris. ABC a capitalisé sur une demande inégalée de places en garderie suivant l’arrivée en force des femmes sur le marché du travail. Son avantage concurrentiel? L’entreprise a adopté une stratégie agressive d’acquisition pour battre la concurrence grâce à des économies d’échelle et à une tactique brutalement simple en affaires, à savoir acheter des parts de marché puis rationaliser les marchés locaux afin d’accroître les taux d’occupation. La sensibilité de la clientèle (parents utilisateurs) aux coûts des services est compensée par les largesses de l’État. Cette année, on s’attend à ce que le gouvernement verse plus de 2,75 milliards de dollars sous forme de prestations pour la garde d’enfants et d’allégements fiscaux. ABC sera le principal bénéficiaire de cette politique, et de loin.

Pas les enfants, pas les familles – En Australie, c’est une chaîne multinationale de garderies commerciales qui profite le plus des fonds publics consentis aux services de garde.

L’article concluait ainsi :

Au fond, l’entreprise, c’est la quantité de petits derrières assis dans des chaises hautes. Les garderies sont des entreprises dont les frais fixes sont élevés alors, comme pour des hôtels, leur taux d’occupation est ce qui compte le plus.

Manifestement, le Canada a beaucoup de leçons à apprendre de l’Australie, notamment, comment s’assurer que le financement public accru serve effectivement à améliorer l’accès à des services de garde de qualité et abordables grâce au développement de garderies sans but lucratif et administrées démocratiquement. La planification des services de garde devrait être faite localement et les services devraient viser les enfants et les familles, pas les profits.

ChildCareCostIndexSource: Australian Bureau of Statistics, Consumer Price Index Australia, Cat. No. 6401.0, June 2007

Documents et outils complémentaires

Ce n’est pas dans l’intérêt public : Développement privé et commercialisation des services de garde, et autres stratagèmes entrepreneuriaux
Note documentaire pour les élus et les fonctionnaires de l’État. Vous pouvez également télécharger la lettre ouverte présentant la note documentaire.

Site web du Childcare Resource and Research Unit
Early childhood education and care: Private commodity or public good? Site web complémentaire à celui du CRRU sur les services de garde en tant que marchandise ou bien collectif

www.garderiespubliques.ca Site web de la coalition Code bleu contenant de la documentation sur les chaînes de garderies de type entrepôt

L’observatoire des services de garde du Syndicat canadien de la fonction publique,
Des investissements étrangers qui mettent en danger les services de garde

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